Qwant et les réseaux d’Éric Léandri : analyse détaillée de l’enquête Endeweld
Conclusion générale. L’enquête de Marc Endeweld publiée par Le Média le 18 mai 2020 juxtapose trois démonstrations : une autonomie technique que l’audit interministériel ne parvenait pas à valider, un soutien financier et politique exceptionnel, puis une cartographie très étendue des actionnaires, intermédiaires et relations d’Éric Léandri et de Jean-Manuel Rozan.
Les liens directs — actionnariat, fonctions dans Qwant, contrats de conseil, participations à des événements officiels — sont les éléments les plus solides du récit. Les chaînes à plusieurs intermédiaires et les témoignages anonymes sont des pistes journalistiques, non des preuves de causalité. L’ensemble justifie d’enquêter sur une protection politique de Léandri dans l’appareil d’État macroniste, mais ne prouve ni un ordre personnel d’Emmanuel Macron, ni que ces réseaux ont déterminé un financement, ni une infraction.
1. La source retrouvée
La phrase recherchée ne dit pas que Macron était « fourré » à l’Élysée. Son sujet est Éric Léandri.
Elle se trouve dans la version écrite de l’enquête de Marc Endeweld :
- « Révélations : Qwant, boulet d’État », Le Média, 18 mai 2020 (ouvre dans une nouvelle fenêtre) ;
- capture Wayback réalisée le 19 mai 2020 (ouvre dans une nouvelle fenêtre) ;
- copie PDF locale de l’enquête — pièce P38.
L’article, son archive et la copie PDF conservent la même enquête : ils ne constituent pas trois sources indépendantes. La fiche probatoire détaillée enregistre les attributions, le SHA-256 de la copie locale et les limites de chaque énoncé.
La courte vidéo associée à l’enquête résume notamment les financements, l’audit DINUM et les réseaux de Qwant. Les deux formulations précises étudiées ci-dessous appartiennent à l’article écrit ; elles ne doivent pas être attribuées à tort à la seule transcription audiovisuelle.
2.1. La présence de Léandri à l’Élysée
Après avoir rappelé le soutien public apporté à Qwant par Emmanuel Macron puis par plusieurs membres du Gouvernement, Marc Endeweld écrit qu’au début du quinquennat, selon un ancien salarié de Qwant, Éric Léandri :
« était tout le temps fourré à l’Elysée »
La formulation est forte, mais son statut doit être conservé :
- elle est textuellement établie comme propos publié par Le Média ;
- elle est attribuée à un ancien salarié non nommé ;
- elle indique une fréquentation réputée assidue de l’Élysée ;
- elle ne constitue ni un registre officiel de visites, ni un agenda présidentiel, ni la preuve d’une intervention personnelle d’Emmanuel Macron.
2.2. La consigne de protéger Léandri
Sous l’intertitre « Des patrons “protégés au plus haut niveau” », l’enquête décrit le conflit qui aurait opposé, à l’automne 2019, partisans et adversaires d’Éric Léandri au sein de la Caisse des Dépôts.
Un proche d’Olivier Sichel, non nommé par le journal, affirme que des pouvoirs publics auraient exercé des pressions lorsque la Caisse cherchait à écarter Léandri. Selon cette source, la consigne était de :
« protéger le soldat Léandri »
Ce passage est plus précis qu’un simple récit de proximité : il rapporte une intervention destinée à protéger Léandri dans un conflit de gouvernance. Mais l’article :
- ne révèle pas l’identité de l’informateur ;
- ne nomme pas l’auteur de la consigne ;
- ne produit pas de note, courriel ou procès-verbal contenant cet ordre ;
- n’attribue pas personnellement la consigne à Emmanuel Macron.
L’enquête rapporte enfin, par la voix d’un autre « acteur de l’époque », que Léandri se serait senti intouchable en raison de ses soutiens au cœur de l’État. Cette appréciation converge avec les deux passages précédents, sans constituer une corroboration indépendante identifiable.
3. Les faits publics qui corroborent la proximité
Les faits suivants ne démontrent pas la consigne de protection rapportée en 2020. Ils établissent cependant que le soutien politique et l’accès institutionnel décrits par Endeweld ne reposent pas exclusivement sur des sources anonymes.
| Date | Fait documenté | Source et portée |
|---|---|---|
| 14 avril 2015 | Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, félicite Qwant et le présente comme un « Google français en marche ». | Message original (ouvre dans une nouvelle fenêtre) et capture locale. Il s’agit d’un soutien politique personnel et public. |
| octobre 2015 | Un financement remboursable de 25 millions d’euros est annoncé à l’Élysée en présence d’Emmanuel Macron, de Jean-Manuel Rozan et d’Éric Léandri. | Communiqué officiel de la Banque européenne d’investissement (ouvre dans une nouvelle fenêtre). La présence commune et le financement sont établis ; aucune irrégularité ne s’en déduit à elle seule. |
| janvier 2018 | Léandri participe au déplacement en Chine autour de la visite d’État d’Emmanuel Macron. | Dans un entretien aux Numériques (ouvre dans une nouvelle fenêtre), Léandri évoque lui-même ce déplacement ; Le Média le présente comme l’un des voyages officiels auxquels il a participé. |
| 14 juin 2018 | Bruno Le Maire et Mounir Mahjoubi inaugurent les nouveaux locaux de Qwant et soutiennent publiquement l’entreprise. | Message de Bruno Le Maire (ouvre dans une nouvelle fenêtre) et capture locale. |
| 17 juin 2019 | Cédric O déclare que le Gouvernement fait ce qu’il peut pour aider Qwant et qu’il a décidé d’en recommander l’installation par défaut dans l’administration. | Compte rendu officiel de son audition au Sénat (ouvre dans une nouvelle fenêtre). Cette déclaration établit une politique active de soutien, pas un favoritisme ni une protection personnelle de Léandri. |
Ces éléments établissent donc une proximité institutionnelle élevée et un soutien politique continu à Qwant. Ils ne prouvent pas que chaque décision de la BEI, de la Caisse des Dépôts, du Gouvernement ou de l’administration aurait été prise sur instruction d’Emmanuel Macron.
4.1. Première visite : articulation technique non maîtrisée
L’article rapporte qu’une première intervention d’une journée a été conduite en 2019 par des agents de la DINSIC, devenue DINUM, assistés de représentants de l’ANSSI, du ministère des Armées et de l’École normale supérieure.
Selon les extraits reproduits par Le Média, les auditeurs relevaient notamment :
- les limites d’échelle, de rafraîchissement et d’utilisation en temps réel de la première version de l’index ;
- l’absence d’explication précise de Qwant sur l’ordre réel des traitements ;
- l’incapacité de Qwant à quantifier son recours effectif à Bing ;
- l’impossibilité d’exclure que l’essentiel des réponses provienne finalement de Bing ;
- la nécessité de vérifier la remise en place annoncée de l’indexeur, le taux déclaré de dépendance et sa méthode de calcul avant la généralisation.
Dans un passage séparé consacré à l’annexe technique, Endeweld rapporte aussi une observation sur des durées incohérentes de maintien en cache, susceptibles selon le document montré de conduire à des résultats composés quasi exclusivement de résultats Bing.
Cette mention distincte ne permet pas de transformer le cache en source autonome. Un résultat Bing resservi depuis un cache demeure un résultat d’origine Bing. Le chapitre consacré au fonctionnement du code de 2016 examine séparément l’existence technique d’un cache de sept jours et la limitation contractuelle historique de la copie, du stockage et de la réutilisation des résultats Bing.
4.2. Deuxième visite : l’indicateur d’autonomie ne parle pas du cache
Le passage cité par l’utilisateur concerne une seconde visite de quelques heures, en septembre 2019. Endeweld écrit que les auditeurs ont alors reçu un « indicateur d’autonomie ». Son article interprète le graphique ainsi :
- plus de 75 % de dépendance à Bing en juillet 2019 ;
- environ 65 % à la fin de septembre ;
- donc encore près de deux requêtes Web sur trois dépendantes de Microsoft.
Le libellé placé sous le graphique vise le taux quotidien de réponse à des requêtes Web faisant appel à l’indexeur de Qwant. Ce passage ne mentionne pas le cache. Il serait donc erroné :
- d’expliquer la baisse de 75 % à 65 % par un effet de cache ;
- de présenter le cache comme le dénominateur de l’indicateur ;
- d’utiliser le cache pour atténuer l’origine Bing des résultats ;
- de confondre le nombre de requêtes dépendantes de Bing avec le nombre d’appels réseau facturés à Microsoft.
Le cache et l’indicateur répondent à deux questions différentes :
| Question | Ce que l’on cherche à mesurer |
|---|---|
| Origine du résultat | Qwant, Bing ou composition hybride |
| Appel réseau instantané | Requête effectivement envoyée à Bing à cet instant |
| Réponse issue d’un cache | Résultat antérieurement stocké puis resservi ; son origine ne change pas |
| Indicateur d’autonomie de 2019 | Part des requêtes auxquelles l’indexeur Qwant contribue selon le graphique reproduit par l’enquête |
Une autre prudence s’impose sur la précision numérique : l’intertitre de l’article annonce 63 % à 75 %, son corps de texte arrondit la fin septembre à 65 %, et certains documents du corpus lisent 64 % sur le graphique. Ces écarts montrent que 63, 64 ou 65 % sont des lectures ou arrondis journalistiques d’une figure attribuée au rapport, non une donnée native suffisamment documentée pour être répétée comme une mesure officielle exacte.
La formulation rigoureuse est donc :
L’enquête Endeweld interprète un graphique attribué à la DINUM comme montrant une dépendance supérieure à 75 % en juillet 2019 et encore proche de 65 % fin septembre. Le passage relatif à cet indicateur ne parle pas du cache. Le rapport natif, la définition du dénominateur, le traitement des réponses hybrides et les données de calcul restent nécessaires pour fixer un taux exact.
5.1. Méthode de lecture
Cette cartographie restitue ce que l’article rapporte à sa date de publication, le 18 mai 2020. Elle couvre les relations que le journaliste mobilise pour construire sa thèse sur les réseaux des fondateurs ; elle n’est pas un inventaire de chaque nom propre employé comme simple décor. Les fonctions et qualités indiquées sont celles décrites alors par Endeweld ; elles ne sont pas présentées comme des fonctions actuelles en 2026.
Tous les liens n’ont pas la même portée :
| Catégorie | Exemple | Portée |
|---|---|---|
| Lien direct | cofondateur, actionnaire, salarié, conseil rémunéré, ami ou relation familiale nommée | Relation expressément attribuée par l’enquête |
| Lien institutionnel | présence à une cérémonie, voyage officiel, audition, financement | Fait ou séquence publique, sans preuve automatique de faveur |
| Lien indirect | relation d’un actionnaire avec une troisième personne | Chaîne à plusieurs maillons ; ne crée pas une relation personnelle avec Léandri |
| Témoignage anonyme | protection, pression, intention ou appréciation | Information publiée par le journaliste, dont la source et la connaissance directe ne sont pas contrôlables dans le corpus |
| Rapprochement éditorial | juxtaposition d’une famille, d’un club ou d’une ancienne affaire | Contexte narratif ; ne prouve ni participation, ni coordination, ni responsabilité |
5.2. Noyau Qwant, capital institutionnel et gouvernance
| Personne ou organisme | Lien rapporté par l’enquête | Nature et limite |
|---|---|---|
| Jean-Manuel Rozan | Cofondateur de Qwant et ancien président ; associé historique de Léandri, rencontré après la cession de Trustmission. Endeweld le décrit comme le pôle financier du duo. | Lien direct et structurel. Ses réseaux propres ne deviennent pas automatiquement ceux de Léandri. |
| Patrick Constant | Cofondateur et toujours actionnaire en mai 2020. | Lien capitalistique direct ; l’article ne développe pas de réseau politique particulier le concernant. |
| Caisse des Dépôts / Banque des Territoires | Actionnaire public à hauteur de 20 % selon l’article, investisseur depuis 2017 et acteur de la reprise en main de 2020. | Relation capitalistique et de gouvernance établie ; les montants et leur nature doivent être ventilés entre l’investissement de 2017 et les concours ultérieurs. |
| Axel Springer | Investisseur allemand présenté comme ayant apporté 5 millions d’euros après le repositionnement de Qwant sur la vie privée ; actionnaire principal avec la CDC en 2020. | Relation capitalistique directe. Le jugement d’Endeweld sur le caractère « miraculeux » de l’investissement est éditorial. |
| Angels 1 et Angels 2 | Holdings créées en janvier 2017, après la décision d’investissement de la CDC selon la chronologie d’Endeweld, et utilisées par plusieurs investisseurs privés de Qwant. | Véhicules d’investissement rapportés par l’article ; leurs registres, souscriptions et bénéficiaires effectifs restent les pièces primaires nécessaires. La proximité temporelle ne prouve pas une coordination. |
| Antoine Troesch | Directeur de l’investissement de la Banque des Territoires et, selon l’enquête, président du nouveau conseil de gouvernance de Qwant. | Fonction directe rapportée ; à confirmer par les actes de gouvernance contemporains. |
| Olivier Sichel | Directeur général adjoint de la CDC et patron de la Banque des Territoires ; décrit comme menant en 2019 la bataille interne visant à écarter Léandri. | Sa fonction CDC est publique ; son rôle causal dans la bataille repose principalement sur des sources anonymes de l’enquête. |
| Jean-Claude Ghinozzi | Ancien cadre de Microsoft, directeur général adjoint de Qwant puis remplaçant de Léandri à la présidence, présenté comme choisi par la CDC. | Le remplacement est établi ; l’attribution du choix à la CDC doit rester celle de l’enquête faute de décision nominative produite ici. |
| Microsoft / Bing | Fournisseur technologique dont Qwant dépend fortement ; ancien employeur de Ghinozzi. | Relation commerciale et technique centrale. Le fait que Ghinozzi ait travaillé chez Microsoft ne prouve aucune collusion. |
5.3. Actionnaires privés nommés par l’enquête
| Actionnaire ou véhicule | Lien avec Qwant rapporté par Endeweld | Connexions supplémentaires rapportées | Limite probatoire |
|---|---|---|---|
| Thierry Gaubert | Investisseur via Angels 1 ou Angels 2. | Ancien conseiller et ami de Nicolas Sarkozy ; ancien administrateur d’Icade ; ancien proche conseiller de Charles Milhaud. Endeweld rappelle également son rôle allégué dans le dossier Karachi et le soupçon, alors rapporté, de financement de la campagne d’Édouard Balladur. | Le statut d’investisseur doit être confirmé par les registres des holdings. L’affaire Karachi est un contexte judiciaire concernant Gaubert : elle n’établit aucune irrégularité de Qwant ni aucune intervention dans la décision de la CDC. |
| Claude Berda / CB Lux | Actionnaire d’Angels 2 par l’intermédiaire de la holding luxembourgeoise CB Lux. | Participant à un dîner de levée de fonds pour Emmanuel Macron en octobre 2016. | La participation au même financement politique ne prouve ni proximité personnelle avec Macron ni intervention en faveur de Qwant. |
| Marc Grosman | Fondateur de Celio et autre actionnaire de Qwant selon l’article. | Hôte à Uccle du dîner de levée de fonds auquel Claude Berda aurait participé. | Deux qualités rapportées par Endeweld ; aucune chaîne de décision vers la CDC n’est produite. |
| Philippe Douste-Blazy | Actionnaire, ami proche de Jean-Manuel Rozan. | Soutien d’Emmanuel Macron en 2017 selon la source citée par l’article. | Relation directe avec Rozan, non nécessairement avec Léandri ; le soutien politique ne prouve aucune faveur. |
| Franck Ullmann-Hamon | Actionnaire et administrateur du magazine Marianne selon l’article. | Aucun autre rôle causal précis n’est établi dans l’enquête. | La juxtaposition biographique ne suffit pas à caractériser un réseau d’influence. |
| Michel Cicurel | Actionnaire, financier et ancien président de la Compagnie financière de Rothschild. | Appartenance au monde financier. | Pas de lien personnel avec Macron ou de rôle dans une décision publique démontré par l’article. |
| Robert Pennone / GS Banque SA | Participation attribuée à la banque genevoise, devenue One Swiss Bank. | Endeweld le rattache au monde bancaire genevois et à Thierry Ulmann. | L’hypothèse d’un portage pour un tiers non déclaré vient d’un initié anonyme et n’est pas démontrée par un registre ou une convention. |
| Philippe Micaelli / Vesco | Investissement d’un million d’euros dans Qwant ; directeur du développement commercial. | Ami corse rencontré en Afrique, ancien militaire et parrain d’un enfant de Léandri. | Lien personnel, capitalistique et professionnel direct tel que rapporté ; aucune irrégularité ne s’en déduit. |
5.4. La chaîne Thierry Gaubert → CDC/Icade → entourage macroniste
Le passage cité par l’utilisateur construit une chaîne à plusieurs niveaux. Elle doit être décomposée plutôt que résumée par « Gaubert reliait Léandri à Macron » :
| Maillon | Relation rapportée | Ce que ce maillon établit — ou non |
|---|---|---|
| Qwant → Angels 1/2 → Thierry Gaubert | Gaubert aurait investi dans Qwant par l’une des holdings. | Lien capitalistique direct avec Qwant selon l’enquête. |
| Gaubert → Nicolas Sarkozy → dossier Karachi / Édouard Balladur | Endeweld présente Gaubert comme conseiller et ami de Sarkozy et comme un acteur du dossier Karachi, alors associé par la justice au soupçon de financement de la campagne Balladur de 1995. | Antécédent politique et judiciaire de l’actionnaire, non relation de Léandri et non preuve concernant Qwant. Toute actualisation de la situation pénale exige les décisions rendues après l’article. |
| Gaubert → Icade | Administrateur d’Icade, filiale immobilière de la CDC, de 2007 à 2011. | Ancienne fonction institutionnelle ; elle est antérieure à l’investissement CDC dans Qwant. |
| Icade → Augustin de Romanet | De Romanet présidait alors la CDC et siégeait dans le même environnement de gouvernance. | Co-présence institutionnelle historique, pas preuve d’une relation active en 2017. |
| Icade → Serge Grzybowski | Grzybowski était PDG d’Icade ; Endeweld le présente ensuite comme directeur de l’immobilier d’ADP. | Parcours professionnel ; aucun acte concernant Qwant n’est identifié. |
| Icade → Agnès Pannier-Runacher | Endeweld la situe alors à la direction adjointe et financière de la CDC. | Ancienne proximité professionnelle au sein du groupe CDC. |
| Pannier-Runacher → Alexis Kohler | Même promotion Averroès de l’ENA et connaissance décrite comme étroite. | Lien scolaire et relation alléguée ; ne prouve pas une instruction de l’Élysée. |
| Pannier-Runacher → Qwant | Réunion de la section En Marche du 16e arrondissement organisée dans les locaux de Qwant à l’été 2019, selon l’enquête. | Utilisation politique des locaux et proximité avec l’équipe rapportées ; la pièce d’organisation reste à produire. |
| Gaubert → Charles Milhaud | Proche conseiller de l’ancien patron des Caisses d’Épargne. | Relation personnelle/professionnelle historique rapportée. |
| Caisse d’Épargne / Banque Palatine → Trustmission → Léandri | Le groupe rachète en 2008 Trustmission, dirigée par Léandri depuis 2005 ; l’article attribue à son CV la mention de la revente à Caisse d’Épargne Banque Palatine. | Relation d’affaires antérieure de Léandri avec le groupe Caisse d’Épargne ; elle ne prouve pas que Gaubert ou Milhaud aient organisé la vente. |
La seule chaîne directement reliée au capital de Qwant est donc Gaubert → holding → Qwant. Le reste décrit des relations antérieures ou indirectes. Pour établir une influence sur la CDC en 2017 ou 2019, il faudrait des échanges, mandats, procès-verbaux ou interventions contemporaines.
5.5. La chaîne bancaire genevoise rapportée
| Maillon | Relation décrite par Endeweld | Portée |
|---|---|---|
| Robert Pennone → GS Banque → Qwant | Participation au capital par la banque genevoise. | Lien capitalistique allégué, à confirmer par les registres. |
| Pennone → Thierry Ulmann | Proximité personnelle. | Lien de second degré, sans rôle de Thierry Ulmann dans Qwant établi. |
| Thierry Ulmann → Mossack Fonseca | Ancien client de l’avocat. | Relation professionnelle historique ; elle ne relie pas Qwant aux Panama Papers. |
| Thierry Ulmann → Christian Fischele | Amitié d’enfance. | Relation personnelle de troisième degré. |
| Christian Fischele → Alexandre Djouhri | Ancien administrateur d’une société de Djouhri selon le livre cité. | Quatrième degré ; aucun acte concernant Qwant n’est identifié. |
Cette succession illustre la méthode associative de l’article, mais elle ne permet pas d’écrire que Qwant, Léandri ou Pennone auraient participé aux activités de Mossack Fonseca ou d’Alexandre Djouhri.
5.6. Réseaux politiques et accès institutionnel
| Personne ou institution | Relation rapportée | Source dans l’enquête et limite |
|---|---|---|
| Emmanuel Macron | Soutien public dès 2015, présence commune lors de l’annonce du prêt BEI, voyage en Chine et autres séquences officielles rapportées. | Plusieurs faits sont publics ; l’intention de sauver Qwant ou de protéger Léandri reste une interprétation ou une allégation distincte. |
| Bruno Le Maire | Inauguration des locaux avec Mounir Mahjoubi et compliments publics à Qwant en 2018. | Soutien ministériel public, pas preuve de décision irrégulière. |
| Mounir Mahjoubi | Présence à l’inauguration ; un ancien conseiller de son cabinet est cité sur Olivier Sichel. | L’événement est public ; le témoignage de l’ex-conseiller reste anonyme. |
| Cédric O | Ancien conseiller à l’Élysée chargé des participations publiques et du numérique, ancien trésorier d’En Marche, puis secrétaire d’État soutenant Qwant et sa généralisation. | Parcours et soutien public ; son silence auprès du Média ne prouve pas un motif caché. |
| Agnès Pannier-Runacher | Figure d’En Marche, ancienne cadre CDC, proximité alléguée avec l’équipe Qwant et réunion politique dans ses locaux. | Plusieurs liens juxtaposés ; la causalité avec les investissements n’est pas documentée. |
| Alexis Kohler | Même promotion ENA que Pannier-Runacher et proche collaborateur de Macron. | Lien indirect ; l’article ne lui attribue aucun acte concernant Qwant. |
| Jean-Manuel Rozan | Soutien déclaré de Macron et auteur de Macron maillot jaune. | Position politique personnelle, pas preuve d’une contrepartie. |
| Axelle Lemaire | Endeweld affirme qu’elle a dû suivre l’impulsion de Macron en faveur de Qwant. | Causalité journalistique non confirmée par l’intéressée, qui n’a pas répondu. |
| Arnaud Montebourg | Approché lors du lobbying initial de Qwant. | Démarche rapportée sans succès. |
| Cabinet de Fleur Pellerin | Approché sous le gouvernement Ayrault. | Démarche rapportée sans succès. |
| Assemblée nationale / ministère de la Défense / Région Île-de-France | Un ancien conseiller ministériel affirme que Qwant avait « table ouverte » dans ces institutions sous François Hollande. | Témoignage anonyme sur l’accès institutionnel ; aucun agenda, rendez-vous précis ou décideur n’est produit. |
| Sigmar Gabriel | Porte avec Macron le discours sur les champions numériques européens. | Contexte politique franco-allemand, pas relation personnelle particulière avec Léandri démontrée. |
| François Hollande / Angela Merkel | Éric Mathieu affirme que Qwant est devenu un moteur franco-allemand avec leur soutien. | Appréciation d’un concurrent cité par Endeweld, non démonstration documentaire d’une intervention personnelle. |
| Banque européenne d’investissement | Prêt de 25 millions d’euros annoncé en 2015. | Financement remboursable européen ; l’article avance un effet du soutien de Macron sans produire le dossier de décision de la BEI. |
| Bpifrance | Aide de 450 000 euros en 2014 selon l’enquête. | Montant journalistique à confirmer par la décision et le régime exact de l’aide. |
5.7. Réseaux financiers et relationnels de Jean-Manuel Rozan
Endeweld utilise souvent les réseaux de Rozan pour expliquer l’accès du duo aux investisseurs et institutions. Ils ne doivent pas tous être attribués personnellement à Léandri.
| Personne ou milieu | Relation avec Rozan rapportée | Limite |
|---|---|---|
| Indosuez | Ancien employeur de Rozan comme trader à Wall Street. | Parcours professionnel, sans lien causal avec Qwant démontré. |
| Banque Duménil-Leblé / Alain Duménil | Rozan rejoint la banque au début des années 1990. | Parcours professionnel. |
| Vincent Bolloré | Rencontre ancienne au moment où Bolloré construit son groupe. | Relation rapportée ; l’intensité et la continuité ne sont pas documentées. |
| Thierry Gaubert / Deauville | Endeweld note que Rozan fréquente Deauville, où Gaubert réside. | Proximité géographique et mondaine, pas preuve à elle seule d’une relation d’affaires. |
| Philippe Douste-Blazy | Ami proche de Rozan et actionnaire de Qwant. | Relation directe avec Rozan. |
| Sébastien Ménard | Devient proche de Rozan selon l’enquête. | Relation personnelle alléguée, renforcée par l’emploi de Ménard chez Qwant. |
5.8. Corse, Afrique, Chine et relations d’affaires de Léandri
| Personne ou structure | Lien rapporté avec Léandri ou Qwant | Limite |
|---|---|---|
| Entreprise informatique indienne au Rwanda | Léandri y aurait travaillé pendant une partie de son parcours africain, selon l’enquête. | Société non nommée dans le passage ; parcours à documenter par les contrats ou registres. |
| Léandri Mining Corporation | Holding personnelle de Léandri citée par Endeweld. | L’existence d’une holding ne démontre aucune activité illicite. |
| Philippe Micaelli / Vesco | Relation personnelle et professionnelle directe : rencontré en Afrique, parrain d’un enfant, investisseur et directeur du développement commercial. | Lien fort rapporté, sans irrégularité démontrée. |
| Pierre Noë-Luiggi | Entrepreneur corse du numérique et ancien dirigeant d’Oscaro.com présenté comme proche de Léandri. | Proximité personnelle alléguée ; aucun acte concernant un financement de Qwant n’est décrit. |
| Qwant Music à Ajaccio / FEDER | Implantation voulue par Léandri et bénéfice allégué de deux millions d’euros de fonds européens. | Implantation et financement à vérifier dans les conventions FEDER ; ne prouvent pas une faveur. |
| Jean-Paul Léandri / Eden Roc / Jean-Jé Colonna | Le père de Léandri aurait travaillé dans un hôtel ayant appartenu à Jean-Jé Colonna. | Arrière-plan familial et professionnel indirect ; aucune participation de Léandri aux activités de Colonna n’en découle. |
| Christian Léandri | Oncle d’Éric Léandri, présenté comme ancien policier tombé dans le banditisme et assassiné en 1990. | Lien familial seulement. Il serait abusif d’imputer à Éric Léandri les actes attribués à son oncle. |
| GFCA / Gazélec d’Ajaccio | Sponsoring allégué proche de 100 000 euros, logo sur les maillots et visite des joueurs dans les locaux ; l’article évoque aussi 30 000 euros pour une équipe de handball et 70 000 euros pour une équipe de volley-ball non nommées. | La direction de Qwant contestait l’existence de tels contrats ; le logo et la visite ne prouvent ni le contrat ni les montants allégués. |
| « bande du Petit Bar » | L’article cite une enquête de L’Équipe présentant le GFCA comme proche de ce groupe. | Relation de troisième degré : Qwant → club → proximité alléguée. Elle ne relie pas Léandri à ce groupe. |
| Paul Marcaggi | Présenté comme le grand ami de Léandri, ancien médecin légiste employé par la police puis homme d’affaires en Chine et en Afrique ; nommé à la tête de Qwant China. Endeweld rappelle son intervention après l’assassinat du préfet Claude Érignac et l’évolution de ses déclarations sur la stature du tireur présumé, Yvan Colonna. | Lien personnel et professionnel direct selon l’enquête. L’épisode Érignac-Colonna relève du parcours antérieur de Marcaggi et n’implique ni Léandri ni Qwant. |
| WEI World | Cabinet de conseil fondé à Pékin par Marcaggi. | Activité de Marcaggi, pas de Léandri, sauf relations d’affaires à documenter. |
| Eusino / Qian Wang | Société cofondée par Marcaggi et Qian Wang, ancien commercial d’Airbus. | Chaîne indirecte utilisée pour contextualiser Qwant China. |
| Qwant China | Direction confiée à Marcaggi par Léandri ; recherche de financements en Chine en 2019. | Relation d’affaires directe ; les démarches et investisseurs sollicités ne sont pas produits. |
| Huawei | Accord annoncé en 2020 pour proposer Qwant par défaut sur des téléphones en France, Allemagne et Italie ; usage ancien de serveurs Huawei allégué. | Relation commerciale de Qwant ; l’article ne démontre pas qu’elle résulte de Marcaggi ou d’un soutien politique chinois. |
5.9. Renseignement, défense juridique et relation politique
| Personne | Chaîne rapportée | Portée et correction |
|---|---|---|
| Bernard Squarcini | Paul Marcaggi aurait organisé une rencontre avec Léandri en 2019, lorsque celui-ci cherchait à identifier ses adversaires internes. | Rencontre rapportée par l’enquête ; son objet précis et ses suites ne sont pas documentés. |
| Marie-Alix Canu-Bernard | Avocate choisie pour défendre les intérêts de Léandri et de Qwant. | Relation professionnelle directe. |
| Ange Mancini | Compagnon de Canu-Bernard, ancien coordonnateur national du renseignement et proche de Squarcini selon Endeweld. | Lien indirect par la vie personnelle de l’avocate ; aucun acte pour Qwant ne lui est attribué. |
| François Pupponi | L’article initial le présentait comme une aide politique possible de Léandri et rappelle son ancien rôle de maire de Sarcelles et de lieutenant de Dominique Strauss-Kahn. | La mise à jour du 20 mai 2020 conserve son démenti : il dit n’être jamais intervenu pour Qwant et n’avoir rencontré Léandri que deux fois par des amis communs. Le lien DSK est un arrière-plan politique, pas une connexion de Léandri. |
5.10. Lobbyistes, salariés d’influence et entourage macroniste
| Personne | Lien avec Qwant ou Léandri rapporté | Réseau secondaire décrit | Limite |
|---|---|---|---|
| Léonidas Kalogeropoulos | Lobbyiste ayant travaillé pour Léandri et Rozan. | L’article renvoie à une enquête de NextINpact. | Le mandat, les dates et les prestations doivent être documentés par contrat. |
| Gérard Errera | Ancien haut diplomate ayant travaillé pour le duo. | Conseiller du fonds Blackstone. | Juxtaposition de fonctions, pas preuve d’une intervention déterminante. |
| Laurent Bourrelly | Ami de Léandri et ancien conseiller de Qwant, installé en Andorre. | Endeweld mentionne ses écrits sur le blanchiment d’argent. | Le sujet de ses écrits ne prouve aucune activité de blanchiment ni chez lui ni chez Qwant. |
| Léonard Cox | Recruté en 2017 pour les affaires publiques, pour une rémunération annuelle brute de 159 000 euros selon l’article. | Ancien chef de cabinet de Pierre Gattaz au Medef. | Emploi direct rapporté ; le salaire cité exige une pièce sociale ou comptable. |
| Sébastien Ménard | Recruté en 2018 comme conseiller en stratégie, pour la même rémunération annuelle alléguée ; reste chez Qwant après le départ de Léandri. | Ancien collaborateur des cabinets de Renaud Dutreil et Roger Karoutchi, engagé tôt auprès de Macron et le présentant comme un ami. | Emploi direct ; le salaire et l’amitié avec Macron reposent sur le récit journalistique, cette dernière étant une auto-présentation rapportée, pas une preuve d’intervention présidentielle. |
| Patrick Toulmet | Employeur de Ménard en 2016 à la Chambre des métiers de Bobigny. | Figure d’En Marche présentée comme proche de Brigitte Macron. | Relation indirecte. |
| Alexandre Benalla | Ménard se rapproche de lui pendant la campagne. | Présence commune à des événements, dont une soirée liée à Mission Impossible. | Relation de Ménard, non de Léandri ; l’anecdote Tom Cruise n’établit rien sur Qwant. |
| Ludovic Chaker | Proche de Ménard selon l’article, premier salarié d’En Marche et chargé de mission à l’Élysée en 2020. | Organisation des meetings de campagne. | Relation indirecte ; aucun acte Qwant ne lui est attribué. |
| Bernard Chaussegros | Proche de Ménard. | Ancien dirigeant d’Euromédia et consultant auprès de Vincent Bolloré. | Relation de second degré. |
| Gérald Brice-Viret | Proche de Ménard et patron de Canal+ selon l’article. | Réseau Bolloré et amis communs au Maroc. | Relation de second degré, sans acte Qwant identifié. |
| Mistral Production | Ménard en a été directeur général avant Qwant ; la société détenait la franchise du jeu Intervilles. | Étape professionnelle utilisée par Endeweld pour décrire son réseau audiovisuel ; aucun effet sur une décision concernant Qwant n’est démontré. | |
| Sébastien Ménard → Russie / Sénat | Endeweld lui attribue l’organisation d’un voyage de Léandri en Russie et l’accès à une audition au Sénat en juin 2019. | Usage allégué de son carnet d’adresses. | Les invitations, agendas et échanges seraient nécessaires pour établir son rôle exact. |
5.11. Industriels sollicités, concurrents et critiques
| Acteur | Relation rapportée | Portée |
|---|---|---|
| Groupe Bolloré | Plusieurs réunions avec des cadres du groupe, sans investissement ni projet abouti. | Démarchage établi par le récit, mais absence de soutien financier selon l’enquête. |
| Xavier Niel | Sollicité en 2017 ; n’aurait pas donné suite en raison d’un avis réservé sur Qwant. | Refus rapporté par un proche anonyme. |
| Éric Mathieu / Xilopix / Xaphir | Concurrent cherchant des financements publics ; Xilopix est racheté par Qwant en 2017. Mathieu attribue l’échec de sa société au soutien public accordé à Qwant. | Acquisition et témoignage à distinguer : le lien causal entre soutien à Qwant et échec de Xilopix est l’analyse de Mathieu. |
| Marc Longo | Critique public de la dépendance à Bing ; poursuivi pour dénigrement par Qwant, poursuites ensuite abandonnées en appel selon l’article. | Relation contentieuse directe ; les décisions et actes de procédure sont nécessaires pour la qualification exacte. |
| Jean-Marc Manach | Journaliste ayant enquêté sur la technologie et affirmant avoir subi des pressions. | Témoignage de presse ; les pressions doivent être attribuées à Manach ou à sa publication. |
| Fradim / famille Hariri | Propriétaire de l’immeuble parisien loué par Qwant ; famille présentée comme proche de Jacques Chirac. | Relation locative de Qwant puis rapprochement politique indirect ; aucune influence sur le financement n’est démontrée. |
Les mentions de Bernard Arnault, Publicis, Tom Cruise ou Alibaba servent dans l’article à camper la « start-up nation », à raconter une soirée de l’entourage de Ménard ou à rapporter un projet refusé par Éric Mathieu. Endeweld ne leur attribue pas de relation propre avec Léandri susceptible d’expliquer une décision concernant Qwant : elles ne constituent donc pas des maillons supplémentaires de la cartographie.
6.1. Les éléments les plus solides
L’enquête est la plus robuste lorsqu’elle s’appuie sur :
- les extraits visibles du document attribué à la DINUM ;
- les fonctions sociales et institutionnelles publiquement vérifiables ;
- l’existence de financements BEI et CDC ;
- les événements publics réunissant Qwant et des responsables politiques ;
- les liens directs de capital, d’emploi, de conseil ou de gouvernance ;
- les réponses, démentis et mises à jour expressément conservés dans l’article.
6.2. Les éléments qui nécessitent les pièces primaires
Doivent rester attribués à Endeweld ou à ses sources :
- la composition exacte d’Angels 1 et Angels 2 ;
- les montants individuels investis par chaque actionnaire ;
- l’hypothèse de titres portés pour un bénéficiaire caché ;
- les dépenses et salaires de lobbying ;
- le contenu des contrats de sponsoring ;
- le rôle précis de Sichel, Ménard, Marcaggi ou d’autres intermédiaires ;
- les pressions sur la CDC et la consigne de protéger Léandri ;
- la causalité entre un réseau et un financement public.
6.3. Les rapprochements les plus faibles
Plus la chaîne comporte de maillons, moins elle démontre une influence :
- Pennone → Ulmann → Mossack Fonseca → Fischele → Djouhri ;
- Qwant → GFCA → proximité alléguée avec le Petit Bar ;
- père de Léandri → hôtel Eden Roc → ancien propriétaire Jean-Jé Colonna ;
- Canu-Bernard → Ange Mancini → Bernard Squarcini ;
- Ménard → Benalla ou Chaker → entourage présidentiel ;
- Fradim → famille Hariri → Jacques Chirac.
Ces rapprochements peuvent expliquer pourquoi le journaliste ouvre une piste. Ils ne doivent pas servir à imputer à Léandri les actes, réputations ou procédures concernant des tiers.
6.4. La thèse causale centrale reste à démontrer
Le raisonnement éditorial d’Endeweld peut être résumé ainsi :
- Qwant n’avait pas démontré l’autonomie technique promise ;
- l’entreprise recevait pourtant des concours et soutiens institutionnels importants ;
- ses fondateurs disposaient d’un réseau politique, financier et relationnel exceptionnel ;
- ce réseau pourrait expliquer la persistance du soutien et les protections alléguées.
Les trois premières propositions contiennent des faits et témoignages substantiels, avec des degrés de preuve différents. Le passage de ces propositions à la quatrième est une hypothèse causale. Pour l’établir, il faut relier une personne, une intervention, une décision déterminée et son effet au moyen de documents contemporains.
7. Ce que le faisceau permet — et ne permet pas — d’affirmer
| Niveau de preuve | Conclusion |
|---|---|
| Établi directement | Emmanuel Macron a publiquement soutenu Qwant dès 2015 ; Léandri a participé à des séquences officielles avec lui ; le Gouvernement a ensuite assumé une politique active d’aide et de déploiement de Qwant. |
| Établi comme publication journalistique | Le Média a publié plusieurs témoignages anonymes relatant une présence fréquente de Léandri à l’Élysée, des protections au plus haut niveau et une consigne destinée à le protéger. |
| Inférence soutenable | Ces témoignages, rapprochés des soutiens publics, justifient une investigation sur une protection politique de Léandri dans l’appareil d’État macroniste. |
| Non établi | Un ordre personnel d’Emmanuel Macron ; l’identité du décideur ayant demandé de protéger Léandri ; une contrepartie illicite ; le rôle causal de ces soutiens dans chacune des décisions de financement ou de gouvernance. |
Il faut notamment distinguer :
- Emmanuel Macron personnellement ;
- la présidence de la République et ses conseillers ;
- les membres du Gouvernement chargés de l’économie ou du numérique ;
- la Caisse des Dépôts et ses organes de décision ;
- la « Macronie », notion politique plus large employée par l’enquête.
Le fait que des actes convergents proviennent de cet environnement ne permet pas de les imputer automatiquement au président de la République.
8. Les preuves directes qui manquent encore
Pour transformer l’hypothèse en preuve d’une protection personnellement décidée par Emmanuel Macron, il faudrait notamment obtenir :
- les registres de visiteurs, agendas et comptes rendus de rendez-vous de l’Élysée relatifs à Léandri, Rozan et Qwant ;
- les courriels, messages, notes ou instructions échangés entre la présidence, le cabinet chargé du numérique et la Caisse des Dépôts ;
- les procès-verbaux et dossiers de décision relatifs aux financements et au changement de gouvernance de 2019-2020 ;
- l’identité, la qualité et la connaissance directe des sources anonymes citées par Marc Endeweld ;
- les registres d’actionnaires, statuts, pactes, souscriptions et bénéficiaires effectifs d’Angels 1 et Angels 2 ;
- les mandats, contrats, factures et livrables des lobbyistes et conseillers nommés ;
- les conventions FEDER, contrats de sponsoring et décisions de financement évoqués ;
- une corroboration indépendante de la consigne de protection par une seconde source ou une pièce contemporaine.
L’absence actuelle de ces documents dans le corpus ne prouve ni qu’ils existent, ni qu’ils n’existent pas. Elle fixe la limite de la démonstration disponible.
Conclusion
La source analysée est l’enquête écrite de Marc Endeweld publiée par Le Média le 18 mai 2020 (ouvre dans une nouvelle fenêtre).
Sa conclusion la plus rigoureuse est la suivante :
L’enquête Endeweld documente un contraste majeur entre la dépendance technique de Qwant à Bing, les soutiens institutionnels reçus et l’étendue des réseaux mobilisés autour de ses fondateurs. Elle établit directement certains liens de capital, d’emploi, de conseil et de présence officielle ; elle rapporte aussi des témoignages anonymes sur des pressions et une protection de Léandri. Les chaînes Gaubert–Icade–CDC, actionnaires–Macronie, Corse–renseignement et Ménard–entourage présidentiel constituent des pistes sérieuses à instruire, mais leur juxtaposition ne prouve pas qu’elles aient causé les financements, ni qu’Emmanuel Macron ait personnellement ordonné de protéger Léandri. Le passage relatif à l’indicateur de 75 % puis 65 % ne parle pas du cache : il mesure, selon l’interprétation journalistique du graphique, la dépendance à Bing.